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Et si le bureau s’inspirait des places publiques ?

Dans les villes européennes, les places publiques jouent un rôle structurant, qui en fait un élément majeur de l’urbanisme : elles permettent aux habitants de se croiser, d’échanger, de créer du lien et de faire communauté. Enfants, personnes âgées, travailleurs, familles : tous les profils d’habitants se mêlent dans ces espaces ouverts, accessibles et centraux favorables aux interactions spontanées et à la vie sociale.

La célèbre urbaniste Jane Jacobs fera partie de ces penseurs qui s’élèvent contre les dérives de la ville contemporaine, qui isole et frgamente avec son zoning et ses réseaux centrés sur la voiture et le fonctionnel, pour remettre au goût du jour la richesse sociale qui se joue dans les villes, avec des trottoirs, rues, parcs et places – piazzas, plazas, piliers de la cohésion sociale.

Cette réflexion trouve aujourd’hui un écho dans l’organisation du travail où les « places du village » sont un élément phare des projets actuels d’aménagement : dans notre étude menée en 2023, nous avions démontré que la création d’espaces centraux de convivialité était le point commun de 95% des projets.

Alors, c’est quoi exactement, la place du village transposée au bureau ?

La « place du village » en entreprise : de quoi parle-t-on ?

Dans un environnement de travail, la place du village est un espace central de convivialité pensé comme un point de convergence naturel des flux de salariés et/ou visiteurs.

Ses principales caractéristiques :

  • 📍 Centralité : un lieu par lequel on passe naturellement
  • Convivialité : café, assises confortable, lumière, ouverture
  • 🔄 Mixité des usages : discussions, pauses, travail informel
  • 🤝 Rencontres non planifiées : croisements entre équipes, métiers et niveaux hiérarchiques

Comme une place publique, cet espace crée les conditions favorables aux interactions et aux cohabitations inattendues, sans les forcer.

Une « place de village » dans un bureau new-yorkais  – M. Airut Murphy

Pourquoi ces espaces renforcent la cohésion au travail

Les interactions informelles entre collègues ne sont pas anecdotiques. Elles constituent un moteur de la communication, de la circulation d’idées et du capital social au sein des organisations, comme le montrent de nombreuses recherches en sociologie et en sciences de l’organisation.

  • Les travaux sur la co-localisation physique montrent que la proximité favorise la création de liens faibles, indispensables pour diffuser l’information et connecter les individus au-delà de leur cercle immédiat. À l’inverse, un environnement exclusivement virtuel tend à appauvrir ces échanges. Même en contexte de travail hybride, la réintroduction de temps de présence communs permet de renforcer ces liens et de favoriser des interactions spontanées.
  • La théorie de la « force des liens faibles », formulée par Mark Granovetter (1973), montre par ailleurs que les relations informelles – souvent construites hors des cadres formels – sont déterminantes pour l’accès à de nouvelles idées, ressources et opportunités. Au travail, ces liens se construisent rarement en réunion formelle, mais plutôt lors de discussions spontanées, de rencontres fortuites ou autour d’un café.

Le lien social et le bien-être au travail

Les recherches en économie du travail et en sociologie organisationnelle soulignent que les relations sociales au travail – formelles comme informelles – constituent un capital social. Elles influencent comment les collaborateurs coopèrent, s’adaptent aux changements et répondent à des défis collectifs.

Les interactions informelles permettent notamment de :

  • construire la confiance entre collègues
  • faciliter le partage des connaissances
  • stimuler l’innovation et la créativité
  • renforcer le sentiment d’appartenance

Dans ce contexte, la place du village au bureau agit comme un catalyseur. Elle favorise :

  • des échanges transverses entre équipes et métiers
  • une meilleure circulation des idées et de l’information
  • une culture d’entreprise vivante, incarnée et partagée
  • une intégration plus naturelle des nouveaux collaborateurs

👉 Ces moments « entre deux », souvent invisibles, jouent pourtant un rôle clé dans le bien-être et la cohésion collective.

La verrière, pièce maîtresse de la « place du village » – M. Airut Murphy

Un enjeu clé dans un contexte de travail hybride

Dans un monde où l’on ne vient plus au bureau tous les jours, la question n’est plus « combien de postes de travail ? » mais « pourquoi venir au bureau ? ».

Les espaces de convivialité centraux deviennent alors un facteur d’attractivité :

  • on vient pour voir les autres
  • pour échanger
  • pour se sentir appartenir à un collectif

Le bureau devient un lieu de relations, pas seulement un lieu de tâches. Il ne se résume plus à un espace de production individuelle, mais remplit une fonction sociale essentielle, nourrie par échanges informels et les rencontres spontanées.

Concevoir une place du village au bureau : quelques principes clés

Pour fonctionner durablement, cette place doit être :

  • pensée dès la conception ou la transformation des espaces
  • visible, ouverte et accessible
  • soutenue par des usages (cafés, événements informels, rituels)
  • alignée avec la culture de l’organisation

Comme le soulignent Delphine Minchella et Jean-Denis Culié (2022), la qualité d’un lieu dédié aux rencontres informelles repose sur un équilibre subtil : centralité et intimité, usage régulier mais volontaire et spontané, sans contrainte organisationnelle.

Signalétique de l'espace de convivialité "le coeur"

Les « cœurs », espaces de convivialité des étages chez un client – C. Rabineau

Conclusion : travailler, c’est aussi se rencontrer

À l’image des places publiques qui structurent la vie sociale des villes, les entreprises ont tout à gagner à créer des espaces centraux de rencontre et de lien.

Chez Comme on travaille, nous sommes convaincus que le futur du travail passe par des organisations qui valorisent les interactions sous toutes les formes, et créent les lieux adaptés qui donnent envie de se retrouver.

Parce que le travail n’est pas qu’une somme de tâches, mais aussi une expérience collective.

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